Sur les bords de Saône

Nos vélos traversent la passerelle qui mènent à Trévoux. Ma fille est sur le siège derrière ma femme. Sur le mien, mon fils est solidement harnaché. Nous prenons la descente vers les berges, que l’on appelle chemin d’halage. Arrivé au bord de la Saône, nous nous installons sur les marches. Comme un rituel, nous comptons le nombre de cygnes, de bateaux ou de canards que nous voyons.

Il fait chaud aujourd’hui. Ma fille ne perd pas de temps et nous réclame vigoureusement une glace. Elle sait très bien qu’un marchand se trouve juste derrière les terrains de pétanques. Nous tentons vainement de l’en dissuader, car après tout elle a déjà eu son gouter. Mais soyons honnête, nous en voulons autant qu’elle. 

Après avoir acheté nos glaces, nous nous installons une nouvelle fois sur les marches. Sous la chaleur, les crèmes glacées coulent sur nos doigts. Ma fille et mon fils ont le visage recouvert de sorbet. Ils se regardent et rigolent. 

Je les observe un sourire aux lèvres car je me revois à l’âge de huit ans en Sicile, dans le village natal de ma grand-mère à Delia. J’étais partis en vacances seul avec elle. Nous étions en plein mois d’aout, sous un soleil de plomb. Les rues étaient vides l’après-midi, tout le monde était à la sieste. Les villageois ressortaient pour la « passiegatta » en soirée, quand l’air était plus respirable. Mais moi, je ne voulais pas dormir, au grand dam de ma grand-mère. Elle arrivait quand même à dormir une heure mais elle savait que je n’attendais qu’une chose. Dévorer ma granite, cette boisson au citron qui a la couleur et la texture de la neige. J’en avais les lèvres blanches et je sentais la fraicheur m’envahir. J’aurais pu les déguster tous les jours. Je n’en avais pas le droit heureusement pour mon foie. 

C’est drôle de voir à quel point les choses ne changent pas malgré le temps qui passe. 

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